Bonjour tristesse

 

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"A vos larmes citoyens"

Samedi 27 janvier 2007, au 45…

Le soleil brille.

Je pousse la porte du 45 avenue de Paris, délicatement.

Quelques pas : Le Banc.

Je lui souris.

- Bonjour, Le Banc

Une flaque d’eau sous les lames de bois. Pourtant le temps est froid et l’air sec.

Que se passe-t-il ?

- Tu va bien ?

Pas de réponse…

Je sais qu’il est timide et qu’il ne parle que quand il se sent en confiance, quand il sent le contact de l’interlocuteur. Après m’être assis, je repose ma question :

- Tu vas bien ?

- Humpffff…

La réponse bredouillée ne m’explique pas la cause de cette flaque d’eau. Je sais alors que je dois parler d’autre chose : de la vie, des autres, de la terre qui tourne de la lune qui la suit. Puis après avoir donné des nouvelles de l’épouse, des enfants, des copains, du monde fou… après ce long monologue, je le sens soupirer.

- Alors ?

- Tu sais, me dit-il, j’ai pleuré…

- Oh ! Qu’est-ce qui te rend triste ?

- Eh bien, dit Le Banc, tu vois, tu as poussé la porte, tu es venu ici, tu t’es assis, tu voulais parler. Mais je sais que ces moments seront bientôt du passé. D’ici quelques mois : le bruit, les machines, les pioches, la poussière viendront et effaceront ce lieu, ces instants et ces échanges.

En écoutant Le Banc, les larmes me montent aux yeux. Un chat sur les genoux et deux autres à côté de mois sur Le Banc, je ne peux me retenir. Le passé est en passe d’être effacé : plus de traces, l’histoire évanouie, la mémoire inexistante ; la table rase…

Les chats ronronnent tristement…

 - Tu sais, Le Banc, on a essayé, tous les habitants, d’empêcher cela. Mais derrière les sourires, derrière les poignées de main, peu de gestes amicaux. Le poids de l’argent, les concessions, l’intérêt, pas toujours personnel certes, ont fait le contrepoids. Peut être des compromissions aussi : mais le résultat est là. Ceux qui pouvaient empêcher ont abdiqué et ont laissé faire.

Je ne peux retenir mes larmes : une deuxième flaque se forme sous le banc.

- Ne pleure pas, dit Le Banc, même en cassant ce qui vit, on n’efface pas ce qui a été. On se retrouvera, ici ou là. Dans la rue, sur un nuage pour continuer de faire le monde.

Assis sur Le Banc, je vois à ma droite, venant des quelques marches, une petite rigole qui coule… Elle vient de chez Georgette et Georges.

Trois flaques qui marquent ce lieu de vie.

Puis devant, à gauche, une autre rigole vient de chez Mohammed ; elle glisse sous le banc à coté des autres.

Les quatre flaques se rejoignent, se confondent et forment un petit ruisseau qui coule vers la rue que les chats suivent tristement.

Ruisseaux de larmes s’unissant pour annoncer au monde immobilier impitoyable que la mémoire est ineffaçable et que le béton sans passé qui naitra ici sera toujours orphelin des habitants et des pierres qui y ont vécu.

Rémi Bouchetard

 

 

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