;: 

Paroles

 

 

 

[Depuis quand?][La petite fille et le banc][Transports du banc ]Paroles ]Universel][tristesse ] [ Délit]

Accueil 
Le banc? Quel banc? 
Dialogues du banc 
Conclusion 
Vos questions 
Les Bancs qui parlent

Le banc à la bouche bavarde

Première histoire:

C'est l'histoire d'un banc qui bavarde. Il fait des tirs à la carabine sur les passants qui passent devant. Qu'est-ce qu'il foutent la, aussi ? On a rien demandé ! Il en tue un. Se fait arrêter, on le dévisse, il est dans un fourgon. Il demande au policier de s'asseoir sur lui. Et le policier, il se fait pincer les fesses par le banc, quel coquin celui la ! Ensuite, il arrive au commissariat. Y'a une pute qui lui dit qu'il est beau, qu'elle prendrait bien un verre avec lui. Gros malheureux qui n'est pas accepté aux terrasses des cafés. Il ne peut pas s'asseoir sur une chaise, car son ennemi dans la vie, c'est les chaises. Alors il se retrouve enfermé. Et la devient l'ami de tous les prisonniers. Ils disent tous : "Ce que je fais en prison ? Je parle au banc !".

Deuxième histoire:

Nous sommes dans un parc, c'est la fin d'une après-midi d'été. Juste à l'entrée, un panneau indique un trajet possible à effectuer dans le parc. Une curiosité y est inscrite : apparemment se trouve dans ce jardin public un "banc pour les solitaires". Une notice écrite par la municipalité indique comment utiliser cette activité particulière : "Si vous voulez discuter, installez vous donc sur ce banc, une autre personne viendra bavarder avec vous sans que vous ne le demandiez. Ce banc est un banc destiné à la communauté, il a été construit pour tous.". Voici maintenant notre personnage : nous ne lui donnons pas de prénom. Disons qu'il porte le votre, cher lecteur. Alors, comment vous appelez vous ? Voici votre histoire. Vous êtes entré dans ce parc par lassitude, par fatigue. Vous aviez besoin de vous reposer, même si aujourd'hui vous ne faites rien. Ne rien faire, ça c'est sur, ça fatigue. Alors, vous êtes dans la rue, vous regardez les lumières en marchant, vous mettez votre regard dans celui des autres, qui passent à vos cotés. Vous aimeriez bien parler à ces passants, ils n'ont pas l'air méchants. Mais lorsqu'on marche, pas le temps, il faut flâner pour parler, il faut attendre le bon moment. Ne pas interrompre quelqu'un dans sa rêverie ou sa course pressée. Vous vous engagez dans le parc, vous ne connaissez pas ce parc, il est nouveau. Cette ville aussi, elle est nouvelle pour vous. Vous êtes en vacances. Vous cherchez un endroit ou faire une sieste. Un coin d'herbe, un coin frais, sans personne pour vous déranger. Vous tombez sur ce panneau, avec cette drôle de notice pour ce banc. Allez vous l'essayer ? Pourquoi pas ! Vous ne croyez pas trop à ce qu'il y a d'écrit. Comment une personne que je ne connais pas pourrait venir discuter avec moi, gratuitement, comme ça, sans autre plaisir que celui de parler ? Parler, discuter, ça demande un effort. Qui payera pour cette rencontre ? Mais, vous dites vous, je verrais bien. On se pose trop de question parfois. Vous y allez donc. Vous arrivez au banc. Au lieu d'un banc vert, comme ceux des parcs parisiens, devant vous pose un banc d'une étrange couleur bleue. Pourquoi bleue ? Un clochard un jour, à qui j'avais demandé ce que représentait le bleu pour lui, m'a répondu "le bleu, c'est le ciel". Je n'avais pas eu l'idée d'avoir une pensée aussi simple. J'ai regardé le ciel et me suis dit : "Tiens, c'est vrai, le bleu, c'est avant tout le ciel.". Alors, un banc bleu accroché à la terre sableuse de ce parc, c'est un bout de ciel prés de vous. Vous avez même le droit de vous y asseoir. Vous le faites. Il n'est pas moelleux, les bancs de parc sont toujours un peu durs, les fesses n'y trouvent pas véritablement leur rythme d'assise naturel. Vous attendez comme cela. Vous n'y croyez plus du tout maintenant. Personne ne vient, vous commencez à vous ennuyer sérieusement. Vous pensiez que les personnes du parc, qui se baladent tranquillement devant vous, aller venir s'asseoir ? Non, ils passent, des familles, un homme avec son chien, les enfants qui courent en criant... Vous vous mettez à écouter les bruits. Une occupation possible, lorsqu'on s'ennuie, c'est d'écouter ou de regarder les choses face à nous. C'est très simple et très agréable. Un oiseau derrière vous, les voitures au loin. Vous aimeriez entendre un son distinct, un son qui ne parviendrait qu'à vous seul. Il n'y a que votre tête qui ne parle qu'à vous, vous vous dites. C'est terrible cette voix intérieure, constamment la, qui de plus sera la toute votre vie ! Vous pensez cela, sur votre banc, cocu d'avoir cru qu'on viendrait parlotter en votre compagnie. Un son arrive soudain à votre oreille. Vous ne pensiez pas avoir déjà entendu une telle voix, ce n'est pas la votre, oh non, c'est une autre; elle est la, elle est bien présente. D'ou vient-elle ? Personne autour de vous. Le parc se vide, c'est sans doute l'heure de la fermeture. Le coup de sifflet du gardien vous surprend. La voix inconnue, qui n'avait alors seulement prononcé des sons incompréhensibles, dit quelque chose comme : "reste donc ici, reste assis, je dirais au gardien que tu dois me parler...". Vous aimez être étonné, la curiosité a fait votre vie. Vous répondez, sans savoir ou tourner le regard pour s'adresser : "je reste, tu m'intrigues. Mais parle moi encore.". La voix se tait. Une minute passe. Vous pensez que c'est une blague. Vous vous levez, la fatigue ne vous achèvera pas par des hallucinations. La voix reprend : "Reste donc, je te dis.". Vous vous rasseyez. Vous dites : "Qui es-tu donc, ou te caches tu ?". La voix dit alors : "Je suis le banc.". Le rire alors, vous prend. Un grand rire, long. Vous regardez le banc et vous riez de plus belle en pensant à ce qu'il vient de dire. Vous n' êtes plus fatigué, tout d'un coup. Vous n' êtes plus du tout fatigué, par l'action du rire. Vous pensez à votre chez vous, et qu'il sera bon de diner avec votre famille ce soir. Vous partez, toujours rigolard de cette courte et absurde aventure avec le banc. J'avoue que cela aurait pu fonctionner, si vous aviez cru à cette voix qui voulait vous parler... Mais vouliez-vous véritablement discuter, partager ainsi quelques phrases avec un objet ?  Si cela était arrivé, qu'aurait-il été dit ? Ne préférez vous pas discuter avec un véritable être humain ? Mais un banc, qu'est-ce que ça dit ? Et si une autre personne était venue, qu'elle avait elle aussi entendu ce banc lui parler ? Auriez-vous discuté trois, vous, l'inconnue et le banc ? Quoiqu'en dise le Président, je l'aurais fait. Vous aussi, d'ailleurs. La curiosité a fait votre vie. Et ici ? Et maintenant ? Oui, vous l'auriez fait. Vous vous seriez assis, vous auriez discuté avec ce banc. Avec moi, peut-être. Imagination. Dialogue. Un banc peint de bleu, installé par la municipalité vous aurez parlé. Vous y auriez cru, ç'aurait été vrai. Cela le sera. Une prochaine fois...

 

Balthazar Berling

13 septembre 2006

Le banc à la bouche bavarde suite

- Allô ? (silence) Allô ? Ah ! Non, je me trompe, je ne suis pas au téléphone… On est dehors, je suis et reste le banc. Eh ! Dis donc, depuis combien de temps es-tu là, toi ? Ah ! Je sens un tel poids ! Es-tu obèse ? Ou… Êtes-vous une dame ? Êtes-vous plutôt grasse ? Plutôt « avec de jolies formes » ? Je m’excuse si je vous ai paru insolent… Je dormais, et la mauvaise humeur, quand on s’éveille… Mes yeux ne sont pas encore ouverts. Quoique… Ai-je des yeux ? Suis-je un banc aveugle ? Y’a un temps, j’aurais aimé avoir des yeux… Mais pour être un banc, et ce depuis longtemps, vous comprenez… Je n’ai pas d’yeux mais je sens très bien les choses. Je peux sentir votre cœur battre… Je peux savoir le nombre de pièces de monnaies qui s’agitent dans votre poche… Rien qu’au poids, parfois je devine le nombre de billets. Vous là… Vous ne devez pas avoir grand chose. Peut-être des deux euros qui traînent dans la poche droite… Pas plus. Mais ce n’est pas ça qui m’intéresse aujourd’hui. Excusez ma grande gueule ce matin… Quand je m’éveille je parle sans m’arrêter… Les idées fusent ! Non… Je voulais savoir… De quel sexe êtes-vous ? Ça, je ne sais jamais comment reconnaître. Que je sois aveugle, ça m’oblige à confondre les sexes… Je pourrais sentir, voyez vous, mais ce n’est pas possible. Homme et femme font souvent le même poids. Un petit vieux de 56 kilos, ça se confond très bien avec une jeune fille de même pesée… Mais ne me dites pas, non, ne me dites pas ! Je devinerais à ce que vous me direz ! D’abord, je dois vous parler de quelque chose… Je… Parfois je dis des trucs qu’on devrait pas dire en public. Mais là, hein, on est deux, on peut parler… Je peux m’exprimer. En général, je veux dire, ne vous gênez pas. Je déteste les gens gênés. Je n’aime pas la timidité. Je ne trouve pas ça mignon. Oh non, pas du tout. J’ai l’impression de dire quelque chose de simple, et puis la personne en face, elle se gêne. Elle fait sa timide. Elle baisse la tête, ou elle évite ma présence, elle s’écarte de moi, elle n’écoute plus. Le souci, les gens le comprendront, c’est que dès qu’on dit un truc un peu gênant, qui parle de soi, ou un truc un peu compliqué… Il n’y a plus personne en face. Ou plutôt non : les personnes se rentrent, les coquilles et les carapaces humaines sortent. L’échange se coupe. On se fait parfois insulter : soit on nous dit « dégueulasse », soit « intellectuel ». On est soit : pas assez sérieux, soit beaucoup trop. Je comprends bien… L’étrangeté que je sois un banc bavard… Mais si je ne peux pas m’exprimer en allant un peu plus loin que l’autre qui parle… J’aimerais qu’il m’entraîne aussi, cet autre. Qu’il me choque, qu’il me parle des choses que je ne veux pas savoir, des conneries que je peux faire parfois… Qu’il me provoque quoi ! De cette manière, il m’autorise aussi à le pousser un peu plus loin sur son chemin de connaissance, de vie… Comme je le fais à son tour. On peut dialoguer dans le calme, aussi. Avez-vous compris ? Ne vous gênez pas ! Dites ce qu’il vous plaît. Personne ne dira rien, ou bien il le fera avec intelligence. Parce-que vous ne prendrez pas la mouche à la première attaque. D’ailleurs, commençons. Dialoguons. Attaquez !

Balthazar Berling

15 août 2006

 


Copyright (c) 2006 le banc. Tous droits réservés.

mohammed@le-banc.fr