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LE BANC
Oh! Les belles fesses !
VISITEUR...
LE BANC
Faut pas s'vexer! Si j'ai dit ça c'est parce que c'est vrai. J'adore vos
fesses. Elles sont juste à mon goût.
VISITEUR...
LE BANC
Faut pas vous contracter comme ça!! Vous savez, vous pouvez
rien me cacher. Non seulement je suis un banc causeur, mais en plus j'ai la
planche sensible. Je suis fait d'un bois tendre et sensible. Un bois où
venaient se retrouver les amoureux. C'est plus très courant par ces temps
bitumineux.
Allez-y ! Relaxez-vous !!... Vous pouvez même vous coucher si vous voulez, tant
que personne ne vous rejoint et, même dans ces cas là, ça peut le faire… Comme
dans mon bois des amoureux !!!
Bon, écoutez, c'est pour vous que je dis ça ! Si vous vous
allongez sur moi, je ne sentirais plus que vos fesses ! Je sentirais votre dos,
vos épaules, vos pieds, ou bien votre ventre, votre poitrine, votre joue, vos
cheveux… Allez, soyez pas timide !!!!
Je vous chuchoterais tout ce que j'ai entendu jusque là, au
cours des innombrables visites qu'on m'a faites, vous n'en croirez pas vos
oreilles.
Je commencerais par vous décrire tous les bruits que j'ai
entendus dans celles de mes visiteurs. Eh oui, vous ne pouvez pas savoir tous
les acouphènes qu'il peut y avoir dans les oreilles des gens.
Figurez-vous que la plupart du temps ces acouphènes sont des
souvenirs oubliés. Par exemple j'ai entendu :
- des blizzards près de l'Hôtel du Nord canal St Martin
- des grosses rafales dans les marronniers qui lancent leurs
fleurs par terre au printemps et ensuite les emmènent dans un tourbillon fatal
où elles finissent épuisées jaunies l'été suivant courir doucement l'une
derrière l'autre en tournant sans fin jusqu'à ce qu'une bonne âme les balaie et
hop! à la poubelle
-le sillage des paquebots transatlantiques
-l'âpre vent qui balaie la lande bretonne
-le prout qui sort de la cheminée annonçant l'arrivée
imminente du Père Noël aux petits enfants qui ne sont pas encore couchés
-le frottement du diamant ou du saphir (selon les
budgets) sur les vieilles platines que l'on entend avant d'entamer la première
chanson de la face A ou après la fin de la dernière chanson de la face B quand
le bras automatique ne marche plus ou n’a jamais marché
-une course de feuilles de journal balayées par le vent
à New York Central Station
-le "pschitt" de Jacques Chirac
-le sirocco andalou caressant un tambour de basque
frappé à la terrasse d'un café de Séville par des jeunes qui font la manche en
chantant du Nirvana
-le friselis des vaguelettes à marée descendante
-le chuintement des motards sur le périph à trois heures
du matin
-l'arrivée des planeurs à Villacoublay
-le siège arrière d'une grosse moto à 220 sur
l'autoroute de l'Est vers la
Marne
Je pourrais continuer encore longtemps, mais maintenant
c'est votre tour de me raconter vos souvenirs.
Mais avant, vraiment, s'il vous plaît, ne vous gênez pas, si
vous voulez, vraiment, n'hésitez pas, mettez vous le mieux du monde.
Ah ! Encore une chose ! Puisque il y a de la place à côté de
vous, laissez y quelque chose, pas n'importe quoi, posez y un objet que vous
acceptez de me laisser. Plutôt une chose qui vous encombre, réfléchissez.
Je l'emporterais dans mes histoires que je raconte aux
autres et vous, vous vous sentirez plus léger.
Si vous ne l'avez pas sur vous maintenant, vous pouvez
revenir plus tard, ou encore vous pouvez le déposez ne serait-ce que par la
pensée.
Là, juste à côté de vous. Posez la chose qui vous encombre.
Merci pour nous deux.
Et puis, maintenant, racontez moi ce qui vous passe par la
tête.
VISITEUR.............................
Philippe Berling
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